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Boostez l’intelligence collective de votre entreprise grâce à la pleine conscience

5 février 2020, par Christian Greiser, Jan-Philipp Martini, Nicole Meissner, Liane Stephan, et Chris Tamdjidi

Comment une entreprise peut-elle s’assurer que son intelligence collective est supérieure à la somme de ses parties ? De nombreuses entreprises reconnaissent que l’intelligence collective – la capacité d’un groupe de collaborateurs à résoudre des problèmes complexes – est source déterminante d’avantage concurrentiel. L’intelligence collective repose sur l’intégration de la diversité des membres de l’équipe, tant en termes de styles cognitifs que de visions du monde. Tous les membres de l’équipe doivent se sentir en sécurité sur le plan émotionnel pour partager leurs opinions et leurs idées et, en retour, être réceptifs aux points de vue de leurs collègues. Mais créer une culture de tolérance et d’acceptation est un véritable défi.

L’une des clés pour libérer le potentiel d’intelligence collective est la pleine conscience, soit la capacité d’être présent à la situation et de laisser de côté sa tendance à juger. Une étude menée par Awaris (une société qui se concentre sur le développement du leadership et les interventions scientifiquement prouvées fondées sur la pleine conscience) et le Boston Consulting Group (BCG) a démontré que la pleine conscience favorise l’intelligence collective. En effet, une augmentation moyenne de 13% de l’intelligence collective a été constatée auprès de 31 équipes ayant participé à une formation à la pleine conscience de dix semaines. Ces résultats ont été mesurés par des tests développés par le Centre d’intelligence collective de l’Institut de technologie du Massachusetts (MIT). Cette étude a également validé l’impact significatif de la pleine conscience sur l’intelligence émotionnelle – la conscience et la capacité des individus à réguler leurs propres émotions et celles des autres – qui est essentielle pour accroître l’intelligence collective.

Les grandes entreprises ont mis en place des programmes visant à libérer le pouvoir de la pleine conscience parmi leurs collaborateurs. Mais la plupart de ces entreprises n’ont pas fait appel de façon explicite à la pleine conscience pour favoriser l’intelligence collective. Des investissements relativement modestes peuvent générer des retours sur investissement considérables en termes de performances d’équipe s’ils sont mis en œuvre efficacement.

L’intelligence collective : une nécessité pour résoudre les problèmes complexes d’aujourd’hui

Pour gérer les cycles d’innovation rapides et l’interconnexion profonde de l’économie de la connaissance, de nombreuses entreprises changent le paradigme des méthodes de travail au sein de leur organisation. Elles ont investi dans de nouvelles méthodes de travail dynamiques et mettent en place des équipes pluridisciplinaires qui travaillent de manière itérative pour résoudre des petites parties de problèmes vastes et complexes.

VotMais pour passer à des méthodes de travail dynamiques, une entreprise doit faire plus que modifier ses processus et ses structures. Elle doit transformer fondamentalement la manière dont les équipes pluridisciplinaires interagissent et collaborent. Pour cela, elle doit faire émerger une qualité potentielle de son système : l’intelligence collective de ses équipes.

Nous définissons l’intelligence collective comme la capacité d’un groupe à accomplir la grande diversité de tâches nécessaires à la résolution de problèmes complexes. L’intelligence collective naît de la coopération et de la collaboration des membres de l’équipe qui travaillent pour atteindre un objectif commun. Leurs interactions permettent aux équipes de développer rapidement des solutions qu’une personne ne pourrait probablement jamais trouver seule, même si elle disposait d’un temps illimité.

L’intelligence collective ne dépend pas du QI, des connaissances ou de la capacité à penser logiquement des membres de l’équipe, ni de la composition de l’équipe. Au contraire, elle est largement déterminée par des processus inconscients : l’intelligence émotionnelle, la confiance, la sécurité émotionnelle et psychologique ainsi que l’égale participation des membres de l’équipe. Cette affirmation est étayée par des études menées par le Centre pour l’Intelligence Collective de l’Institut de technologie du Massachusetts (MIT) et le projet Aristote de Google. L’expérience du BCG d’un grand nombre de transformations vers de nouvelles méthodes de travail et des méthodes agiles montre également que les facteurs émotionnels et non cognitifs sont les principaux moteurs de l’intelligence collective.

Le concept d’intelligence collective n’est pas nouveau dans le monde de l’entreprise. Mais le développement de l’interconnectivité du travail intellectuel et la variété croissante des problèmes ont fait de l’intelligence collective un facteur de différenciation concurrentiel. Les entreprises doivent donc comprendre ce concept de manière plus systématique et plus scientifique.

Mobiliser le pouvoir de la diversité

La diversité fait partie des éléments qui sous-tendent l’intelligence collective d’une équipe. Dans ce contexte, la diversité ne doit pas se limiter au sexe ou au parcours des collaborateurs. Ce qu’il faut, c’est une diversité de styles cognitifs : des façons différentes de penser, de percevoir et de mémoriser les informations, de résoudre les problèmes ou de voir le monde. Si par exemple, certaines personnes préfèrent une approche adaptative de la résolution de problèmes et ont tendance à organiser les informations existantes, d’autres ont tendance à remettre en question la définition même du problème et à proposer des solutions innovantes.

Pour mobiliser le pouvoir de la diversité, en termes d’expertise comme de vision du monde, une entreprise doit créer un environnement dans lequel les individus sont prêts à prendre le risque d’exprimer leurs opinions et à écouter les autres. Ce qui requiert d’intégrer la diversité au sein d’une équipe.

Les équipes dont les membres ne sont pas bien intégrés font face à de nombreux dysfonctionnements. Leurs membres manquent souvent d’un objectif commun et ont du mal à s’engager dans un travail d’équipe. L’incapacité à intégrer la diversité d’une équipe peut diminuer son intelligence collective.

À bien des égards, une équipe ou une organisation qui développe pleinement son intelligence collective en intégrant diverses perspectives est semblable à un cerveau humain qui s’adapte consciemment pour favoriser de nouveaux comportements. (Voir l’encadré « Un cerveau peut apprendre à suivre de nouvelles voies. Les équipes aussi ! »).

Un cerveau peut apprendre à suivre de nouvelles voies. les équipes aussi !

Le potentiel de la pleine conscience.

Les entreprises ont déjà recours à des solutions qui favorisent l’intelligence collective. Elles sont de plus en plus compétentes dans la mise en place d’équipes diversifiées, le décloisonnement des organisations et la mise en œuvre de systèmes d’information ouverts. Cependant, les entreprises ne reconnaissent souvent pas explicitement en quoi ces efforts sont liés à l’intelligence collective et ne parviennent donc pas à en recueillir tous les fruits.

Plus particulièrement, les entreprises pourraient faire davantage pour identifier et traiter les problèmes de sécurité émotionnelle et de confiance entre les membres de l’équipe. Cela s’explique par le fait que la plupart des entreprises ne sont pas suffisamment conscientes des processus inconscients à l’œuvre entre les collaborateurs et comment ceux-ci influencent la performance de l’équipe. La plupart des entreprises n’ont également pas les compétences et la persévérance pour aborder de manière constructive les problèmes liés à la sécurité émotionnelle et à la confiance.

La pleine conscience offre une solution potentielle pour relever ces défis. De nombreuses entreprises ont introduit la pleine conscience dans leurs organisations, principalement pour aider leurs employés à cultiver leur bien-être. Cependant, seules quelques organisations (des entités innovantes comme la Commission européenne, Google, Hilti et SAP) ont également mobilisé la pleine conscience pour transformer les compétences collectives des équipes. Deux exemples mettent en évidence les possibilités offertes :

Hilti.
Hilti est un leader mondial dans le développement, la fabrication et la commercialisation de produits destinés aux secteurs de la construction, de l’entretien des bâtiments, de l’énergie et de la fabrication. Hilti est connue pour promouvoir une culture d’entreprise positive grâce à un processus structuré appelé « Notre parcours culture ». Sur la base des commentaires recueillis lors de l’enquête annuelle sur l’engagement des employés, l’entreprise a décidé de consacrer la phase suivante de ce « parcours culture » à la question de savoir comment les employés peuvent gérer leur charge de travail et renforcer leur résilience. Elle a élaboré un programme de deux jours axé sur la sensibilisation aux facteurs de stress sur le lieu de travail comme dans la vie privée des collaborateurs. L’entreprise a déployé un programme sur l’indissociabilité de la performance et du soin auprès de 30 000 de ses collaborateurs dans le monde entier. Il met l’accent sur le fait que l’intelligence collective et un haut niveau de performance émergent lorsque les collaborateurs prennent soin d’eux-mêmes, prennent soin les uns des autres, et favorisent une culture de la collaboration. La pratique de la pleine conscience est une composante essentielle de ce programme : les équipes réfléchissent à la manière dont elles peuvent ancrer la pleine conscience et les habitudes positives dans leur travail d’équipe pour se soutenir mutuellement.

La Commission européenne.
Consciente des défis accrus posé par l’environnement politique, la Commission européenne a cherché à renforcer un aspect fondamental du projet européen : la collaboration. Pour insuffler à son organisation des habitudes de résolution collective de problèmes, la Commission s’est lancée dans un programme de formation des dirigeants et des collaborateurs à la pleine conscience. Ce programme a permis de renforcer la capacité des équipes à travailler ensemble de manière bienveillante et collaborative.

La plupart des personnes qui pratiquent régulièrement la pleine conscience ont une compréhension intuitive des liens entre celle-ci et l’intelligence collective. Qui plus est, l’effet de la pratique de la pleine conscience sur l’intelligence collective est objectivement mesurable.

Awaris et BCG ont mené des recherches approfondies pour confirmer les hypothèses de cet article. Nous avons mesuré l’intelligence collective de 31 équipes (196 personnes au total), provenant d’une grande entreprise automobile allemande et d’une organisation politique. Nous avons pris les mesures à deux reprises, avant et après un programme de pleine conscience de dix semaines. (voir l’encadré « À propos de l’étude »).

À propos de l’étude

Après le programme de pleine conscience, l’intelligence collective des équipes a augmenté en moyenne de 13 % (voir le graphique ci-dessous). Celle-ci a été mesurée à l’aide de 4 exercices de résolution de problèmes. De plus, nous avons constaté que la pleine conscience est étroitement liée à l’intelligence émotionnelle et que les résultats individuels et collectifs de pleine conscience permettent de prédire l’intelligence collective d’une équipe.

La pratique de la pleine conscience favorise l’intelligence collective en nous permettant de rediriger nos capacités attentionnelles (comme la mémoire de travail ou la concentration) vers des capacités cognitives plus ouvertes fondées sur la conscience. Les sciences cognitives nous apprennent que l’attention est généralement étroitement centrée sur le soi (ou sur le « moi »). En revanche, la conscience est plus relationnelle, ouverte et centrée sur les autres (ou sur le « nous »).

Plus précisément, la pratique de la pleine conscience influence fortement la conscience qu’une personne a de son état interne (intéroception) et de ses processus mentaux (métacognition). L’intéroception et la métacognition nous aident à réguler nos réponses face aux émotions et aux comportements. En améliorant notre capacité à entrer en contact avec nos propres émotions, nous renforçons également l’empathie qui est notre capacité à ressentir les expériences des autres.

En augmentant la conscience de soi et l’empathie, la pleine conscience a un impact sur deux domaines qui favorisent directement l’intelligence collective :

  • La communication et le comportement prosocial. Les membres de l’équipe qui pratiquent la pleine conscience ont une écoute plus fine et peuvent répondre de manière émotionnellement intelligente en cas de tension ou de désaccord. Leur style d’interaction encourage les autres membres de l’équipe à s’exprimer et à participer aux processus créatifs et leur permet d’intégrer leurs divers styles cognitifs.
  • Le leadership. La formation à la pleine conscience aide les dirigeants à améliorer leur capacité de réflexivité. La pleine conscience est également associée à des qualités importantes pour un leader telles que l’agilité, l’authenticité et l’humilité.

Trois étapes pour mettre en place un programme de pleine conscience

Une entreprise doit suivre trois étapes si elle souhaite avoir recours à la pleine conscience pour stimuler l’intelligence collective. Dans un premier temps, elle doit former les dirigeants et les employés sur la façon d’établir une pratique de pleine conscience sur un plan personnel. Ensuite, elle doit ancrer les habitudes de pleine conscience dans les équipes. Enfin, elle doit mesurer en permanence l’impact de la pleine conscience sur l’intelligence collective et adapter les pratiques en fonction de ce que les mesures révèlent.

Proposer une formation à la pleine conscience. La pratique de la pleine conscience comprend un ensemble d’exercices mentaux et émotionnels qui affectent le fonctionnement du cerveau de manière mesurable. Plusieurs méthodes éprouvées de formation à la pleine conscience peuvent aider les membres de l’équipe et les dirigeants à établir une pratique personnelle de la pleine conscience. Par exemple, les entreprises peuvent appliquer un programme de dix semaines – comme nous l’avons fait pour notre étude – qui commence par un atelier expliquant les bases neurophysiologiques de la pleine conscience et son impact sur l’intelligence collective. L’atelier est suivi d’une période de pratique soutenue par une application de pleine conscience, des webinaires fréquents, du coaching et des groupes d’apprentissage entre pairs, afin que les collaborateurs apprennent à faire de la pratique de la pleine conscience une habitude quotidienne.

Ancrer la pleine conscience dans les équipes. La pleine conscience peut évoluer d’une pratique à un état et finalement devenir un trait de caractère, lorsque les diverses compétences sous-jacentes se sont ancrées dans la structure mentale et émotionnelle d’une personne. Les interactions au sein de l’équipe offrent des occasions précieuses d’intégrer ces compétences. Pour promouvoir la pleine conscience, les organisations doivent clairement indiquer que les équipes doivent pratiquer trois types d’habitudes simples qui favorisent la sécurité psychologique et l’intelligence collective :

  • L’attention et la concentration. Les équipes doivent établir des habitudes spécifiques qui favorisent l’attention. Par exemple, une équipe peut observer une minute de silence avant le début de chaque réunion. En se concentrant sur leur respiration, les membres de l’équipe seront mieux à même de diriger leur attention pendant la réunion. En outre, la façon dont les membres de l’équipe gèrent les ordinateurs et les téléphones portables, s’écoutent les uns les autres et parlent peut affecter de manière significative le degré de présence et d’ouverture au cours de la réunion.
  • Attention et positivité. Lorsque les gens ressentent confiance, efficacité et appréciation, ils s’engagent et contribuent. Dans le cas contraire, ils se retiennent et consacrent leur énergie à d’autres choses. Par conséquent, faire preuve d’attention et de positivité dans le travail d’équipe, en reconnaissant ce que les collègues ont réalisé et bien fait et en appréciant leurs contributions, peut se révéler déterminant pour améliorer le sentiment d’appartenance et de communauté.
  • Conscience émotionnelle. Les membres de l’équipe doivent permettre aux émotions de faire surface afin que l’expression des émotions devienne un aspect naturel de ce que cela signifie travailler ensemble. Les processus permettant de faire remonter les émotions à la surface incluent des check-in au cours desquels les membres de l’équipe partagent leurs émotions avant une réunion, ainsi que des retours réguliers au cours desquels les membres partagent leurs sentiments sur la qualité des interactions au sein de leur équipe.

Établissez des indicateurs et suivez les changements de comportement. Tout comme les fabricants suivent méticuleusement la sécurité physique dans leurs ateliers, les entreprises devraient suivre la sécurité émotionnelle ou psychologique dans leurs environnements de travail. Pour commencer, les entreprises peuvent utiliser des enquêtes et des entretiens pour demander aux employés s’ils pensent que l’entreprise a clairement indiqué que la sécurité émotionnelle et la sécurité psychologique sont des objectifs et s’ils comprennent comment créer cette sécurité.

Pour commencer à mobiliser la pleine conscience afin de favoriser l’intelligence collective, les dirigeants peuvent lancer un programme de formation à la pleine conscience de dix semaines avec quelques équipes et en mesurer l’impact. Les résultats de ce pilote démontreront probablement que la pleine conscience a un impact positif sur les performances de l’équipe et inspireront une discussion à l’échelle de l’entreprise sur la valeur de l’intelligence collective et de la sécurité psychologique.

Après un pilote réussi, une entreprise peut adapter la formation et les habitudes de pleine conscience à sa culture et déployer un programme dans toute l’organisation. Pour convaincre les sceptiques, il est essentiel de faire appel à une expertise approfondie en matière de formation à la pleine conscience. Les entreprises qui y parviendront prendront pleinement conscience de leur intelligence collective et récolteront ainsi les fruits de nouvelles méthodes de travail et d’une collaboration transversale.

Auteurs

Christain Greiser
Consultant senior
Düsseldorf

.

Jan-Philipp Martini
Ancien étudiant

Nicole Meissner
Directrice générale @ Associée
Digital Ventures – Londres

Liane Stephan
Co-fondatrice et directrice générale, Awaris
Cologne

Chris Tamdjidi
Co-fondateur et directeur général, Awaris
Cologne